Le cours du bitcoin vient de franchir une nouvelle étape. Jeudi 2 novembre, la monnaie virtuelle a atteint un nouveau record en dépassant la barre des 7 000 dollars. Mais derrière cette flambée monétaire se cache également une flambée énergétique.

 

Cette corrélation (hausse du cours du bitcoin et hausse de la consommation énergétique de son réseau) est directement liée au principe de fonctionnement du protocole sur lequel repose la cryptomonnaie. Il s'agit d'un registre public décentralisé où des membres volontaires du réseau, appelés les mineurs, mettent à disposition de la puissance de calcul pour effectuer les opérations cryptographiques qui permettent de valider des blocs de transactions et de sécuriser le réseau.

 

PLUS LE COURS AUGMENTE, PLUS IL EST RENTABLE DE "MINER"

Une compétition s'établit entre eux car le premier mineur qui trouve une solution au problème est récompensé en bitcoins. Cette récompense comprend des frais de transaction, à la charge du payeur, et le droit d'émettre un bloc de transaction où les transactions sont enregistrées. "Dans ce bloc, le mineur va pouvoir inclure une transaction pour lui-même d'un montant de 12,5 bitcoins et cette somme est divisée par deux tous les quatre ans environ", nous expliquait récemment Alexandre Stachtchenko, cofondateur de la start-up Blockchain Partner et président de La Chaintech, association des acteurs francophones de la blockchain.

 

On comprend donc pourquoi plus le cours du bitcoin augmente, plus le nombre de mineurs qui espèrent décrocher une récompense en bitcoins est important. Dans ce contexte, la puissance de calcul mise à disposition pour enregistrer une transaction augmente, ce qui entraîne une hausse de la consommation énergétique. "Quand le cours est très élevé cela permet aux mineurs d'investir plus, notamment dans des fermes de serveurs, et donc mécaniquement cela fait augmenter la consommation énergétique", explique Michel Berne, économiste et directeur d'études à Télécom Ecole de Management.

 

LA CONSOMMATION ÉLECTRIQUE HEBDOMADAIRE D'UNE MAISON

Selon les chiffres glanés par le site MotherBoard, avec le cours actuel, il serait rentable pour les mineurs de bitcoin de brûler plus de 24 térawattheures d'électricité par an, soit l'équivalent de la consommation annuelle du Nigeria (qui compte 186 millions d'habitants). Toujours selon MotherBoard, chaque transaction bitcoin nécessiterait 215 kWh ce qui représente à peu près la consommation hebdomadaire d'un foyer américain. "D'après les chiffres qui circulent, une transaction en bitcoin serait plus de 5000 fois plus énergivore qu'une transaction effectuée sur le réseau Visa", complète Michel Berne.

 

Est-il possible d'enrayer ce gouffre énergétique ? Seule une baisse du cours du bitcoin permettrait de faire diminuer la consommation énergétique du réseau. La valeur du bitcoin dépend entièrement de la confiance qu'ont les gens dans le bitcoin et la capacité qu'ils ont à l'utiliser. "Les usages du bitcoin sont tirés par deux grands mécanismes : la spéculation qui fait que nous sommes actuellement dans une bulle et les activités qui nécessitent une très grande confidentialité (cette monnaie virtuelle préserve l'anonymat de ses propriétaires, ndlr). Or ces activités ne vont pas diminuer non plus", estime Michel Berne. "Le bitcoin ne peut pas baisser tant que cette bulle subsistera et tant que ces usages existeront. En revanche, on sait que le bitcoin ne deviendra pas une monnaie universelle. Contrairement à ce qui était dit au début, il ne servira pas à acheter une baguette de pain", poursuit-il.

 

DES BLOCKCHAINS MOINS ÉNERGIVORES

Notons également que toutes les blockchains ne sont pas aussi énergivores que celle du bitcoin. "Le bitcoin fonctionne sur un système qu'on appelle proof of work : vous gagnez des bitcoins parce que vous avez travaillé dur pour vérifier la transaction. D'autres blockchains reposent sur un système de proof of stake, qui consiste à déléguer la décision aux personnes qui ont le plus intérêt à ce qu'elle soit prise comme il faut. Ce mécanisme n'entraîne donc pas les mêmes dépenses énergétiques que le bitcoin", détaille Michel Berne. Selon lui, il est peu probable que les autres applications de la blockchain fonctionnent sous le modèle "proof of work". "Pour un registre blockchain dédié aux diplômes il n'y a pas besoin de mettre en place une architecture aussi délirante", conclut-il.


Source : L'Usine Digitale