Carrefour est le premier acteur français de la grande distribution à rejoindre la blockchain Hyperledger IBM Food Trust. Il compte assurer la traçabilité de ses filières, d’abord celles portant sur les œufs, les poulets, les tomates et le Bio

Le partage d'informations


Des poulets aux œufs, des tomates aux produits bios. Carrefour a décidé de mettre la traçabilité de ses filières alimentaires dans les mains d’IBM Food Trust, une vaste blockchain montée il y a 18 mois et dont la disponibilité a été annoncée à l’occasion d’IBM Think Paris 2018, qui s’est tenu ce 9 octobre 2018.L’ambition de ce réseau international est de fédérer une communauté industrielle agro-alimentaire, en facilitant le partage d’informations de l’ensemble de la filière - du producteur, au transformateur, en passant par les fournisseurs, les distributeurs, les industriels et la logistique. Son objectif, comme nombre de cas de blockchain dans le secteur, est d’assurer la traçabilité des produits de la marque et de garantir une transparence de l’information aux consommateurs.

Assurer la traçabilité des produits

Carrefour est le premier représentant de la grande distribution française à rejoindre cette chaîne qui compte déjà parmi ses partenaires des géants alimentaires, distributeurs ou fournisseurs. Walmart, Nestlé, Unilever, Korger et Tyson Food en sont les membres fondateurs. Ce réseau compte également parmi ses membres les coopératives Topco Associates et Wakefern (qui regroupe 50 sociétés et 349 magasins) et différents fournisseurs spécialisés comme Beefchain, Dennick Fruit Source, Scoular et Smithfield.



Difficile de scaler avec Ethereum à Hyperledger


Carrefour, en tant que géant mondial de la grande distribution, avait déjà initié un projet autour de la blockchain. En octobre 2017, il avait construit un premier réseau sur la filière animale, centrée essentiellement sur les poulets (issus d’Auvergne). « Un produit de forte consommation avec de fortes attentes des consommateurs », commente Emmanuel Delerm, le directeur organisation et méthodes France de Carrefour dans un échange avec LeMagIT.

Ethereum, une technologie jugée mature

Cette première blockchain, plutôt restreinte, repose sur Ethereum, une technologie jugée mature par le responsable et ayant des capacités d’implémentation plus rapides. Les équipes de Carrefour disposaient également des ressources en interne nécessaires au projet. A la fin 2017, et après nombre de tests, cette « blockchain du poulet » est prête.Elle ne constitue pourtant qu’un point de départ pour l'enseigne. Sous l’impulsion de son nouveau patron, Alexandre Bompart, Carrefour met la transition alimentaire au coeur de sa feuille de route, et donc la traçabilité avec elle. Le programme « Act for Food » en est une traduction en France. Mais ce but se fera désormais à plus grande échelle, l’ambition numérique de Carrefour étant désormais mondiale. Or « pour passer à l’échelle (NDR scaler à l'échelle mondiale), Ethereum devenait difficile. Le passage à l’industrialisation paraissait délicat », explique Emmanuel Delerm. D'où le choix de passer à Hyperledger, ainsi qu'au réseau Food Tech.





Elargir le scope aux marques Carrefour et aux marques nationales


La marque « filière qualité » de Carrefour regroupe 300 produits dans le monde. Elle fédère une communauté de personnes qui s’engage dans la qualité des produits et qui est aujourd'hui, aussi, concernée par cette blockchain.Aux poulets français déjà « blockchainisés » s’ajoutent les poulets d’Italie, les tomates et les œufs. Grâce aux capacités de dimensionnement d’Hyperledger, cet élargissement touchera le bio, et les produits de marques nationales. « On sait que cela est important pour les consommateurs. C'est là où ils ont des attentes. »Pour lui, cette blockchain internationale doit permettre le partage d’informations entre partenaires – « discuter avec Walmart n’est pas inintéressant », explique-t-il. Mais elle devra surtout apporter une vision et un échange international.De son côté, Carrefour mettra en partage les informations de ses filières, assure Emmanuel Delerm. Il s’agit d’ailleurs « de ne pas se restreindre » dans ce domaine. Les informations concerneront donc aussi bien le couvoir, que l’horticulteur, ou les planteurs de tomates.

Quelles informations exactes seront mises en partage ?

« Ce qui intéresse les consommateurs, [ce sont] les fournisseurs et les différentes parties prenantes », répond Emmanuel Delerm, en restant un peu flou toutefois.Sur le site de Carrefour, on apprend que les informations partagées seront liées à « la traçabilité sur l’origine et la qualité des produits » et à « la composition nutritionnelle des produits et potentiellement la présence d’allergènes et de substances controversées ». Elles porteront également sur la « traçabilité partagée de bout en bout en cas de rappels produits, en cas de défaut sanitaire ou de non-respect d’un cahier des charges ou d’un label ».En s’inscrivant dans cette initiative d'IBM, Carrefour souhaite rassurer les consommateurs et être capable de remonter rapidement les informations, vante le responsable.





Les fonctions de confidentialité des données inhérentes à la blockchain


Mais quid de la traçabilité et de la qualité des informations entrées dans la blockchain par les participants ? Emmanuel Delerm revendique une approche pragmatique : il existerait un effet incitatif, explique-t-il, qui implique que ceux qui saisissent l’information dans la blockchain soient avertis des risques. « S’il y a une bêtise, cela va se voir », veut-il croire.Selon lui, en tout cas, aucune erreur n’a été remontée depuis le début de l’année (un million de poulets a été écoulé depuis le lancement de la blockchain).Un point intéressant du projet est que Carrefour a développé des interfaces de saisie - au sein d'un portail pour ses filières. Ces UI permettent de mettre les données au plus près de ceux qui les génèrent avec « un maximum de Machine to Machine ».Pour mettre en place ces outils, Carrefour a développé une série d’API spécifiques au-dessus de la plateforme, fait remarquer le responsable. Ces technologies pourraient d’ailleurs être apportées au réseau Food Trust. « Un portail pour le vétérinaire a été mis en place. Il garantit que les poulets n’ont pas eu des traitements antibiotiques. Ce vétérinaire dispose d’une page pour indiquer quel lot a reçu des antibiotiques, s’il y en a », illustre-t-il – ceux qui ont reçu des antibiotiques ne seront ainsi pas vendus sous la marque « Sans Antibiotiques ».Ces interfaces sont capables de prendre toutes les formes de fichiers

Le système est par exemple capable de prendre en compte une réponse d’un producteur via un simple SMS

Le passage d’Ethereum à Hyperledger est en cours - quatre nœuds Ethereum sont encore actifs. La blockchain Hyperledger de Carrefour repose aujourd'hui sur 10 nœuds, pour l’heure dans un cloud privé. Son accès est ouvert aux partenaires et fournisseurs. Mais une instance IBM Food Trust a été créée pour Carrefour dans le datacenter IBM de Francfort (Tier 4) – le plus résilient, ceux de Paris et Montpellier ne possédant pas le même niveau de haute disponibilité.Le portage des « poulets » sur HyperLedger est déjà prêt. Le dé-commissionnement du socle Ethereum est prévu pour la fin de l’année – afin de répondre aux besoins des clients qui auraient par exemple congelé les denrées. « On me migre pas le nœud, on va récupérer le registre. On utilise le mécanisme de réplication standard pour cela. »Enfin, Carrefour compte également alimenter cette communauté Food Trust en participant au développement de nouveaux modules pour le réseau. Aujourd’hui, IBM Food Trust compte trois modules : la traçabilité, les certifications et l’accès aux données - Carrefour a souscrit aux trois. Si ces modules sont davantage centrés sur l’approche en amont de la chaîne, un choix issu des autres membres, le géant de la grande distribution voit un intérêt de recentrer cela plus près des clients – sans en dire plus toutefois.Emmanuel Delerm confirme que des développements sont bien en cours avec IBM et d’autres distributeurs, producteurs et logisticiens présents dans le réseau. « Ensemble, nous savons comment parler aux consommateurs. »